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Fragrance... (Nouvelle à suivre)

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Leslie
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VerseauDragon
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MessageSujet: Fragrance... (Nouvelle à suivre)   Ven 19 Mai - 18:25

Ben voilà : je prends le risque de soumettre à votre jugement ma première nouvelle, en cours d'écriture, dans une sorte de "feuilleton" en ligne...

Au départ, Elim n'était qu'un perso de "Role Play Game" comme un autre... créé dans le contexte des "Royaumes oubliés". Mais il est très vite sorti du lot comme étant LE personnage romanesque. Enfin... à mes yeux, du moins...

Si bien que je l'ai installé dans un autre environnement afin de lui faire vivre SA vie de personnage de fiction à part entière.

J'espère que les aventures de mon héro vous séduiront. Pour tout commentaire, positif ou négatif, vous pourrez créer un nouveau topic...


Dernière édition par le Ven 19 Mai - 18:40, édité 1 fois
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Leslie
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MessageSujet: Re: Fragrance... (Nouvelle à suivre)   Ven 19 Mai - 18:27

Quatre heures du matin à Réal. Ne traînent que les mauvais garçons et les dockers. Même les putes sont rentrées se coucher.

Il y a comme une odeur de cendres ce matin sur le port.

Ca n’a rien de surnaturel. Un incendie a eu lieu trois jours auparavant. La pluie se fait attendre et n’a donc pas encore lavé l’atmosphère de ces relents. La mer est calme. Il fait froid. On sort de l’automne et on entre dans l’hiver avec la lenteur calculée d’un dépucelage. Personne n’a envie de rester à moins d’avoir un travail à effectuer.

J’aime les ports. C’est l’un des rares lieus où le bas et le haut du panier se côtoient… et se respectent. C’est une nécessité, car une fois tout ce joli petit monde en mer, pas question qu’une vague querelle mette le navire en danger. D’où l’expression « être dans le même bateau ».

Les coupoles dorées des temples et des maisons closes se dressent, les unes à coté des autres… Bizarrement elles ne sont pas si différentes que ça, architecturalement parlant. Les rues embaument le poisson frais, l’encens, le patchoulis et, par endroits, la pisse. C’est beau et c’est sale. La merde et l’or ne sont jamais bien loin l’une de l’autre.

Et moi, qui me gèle les roustons au milieu de tout ça, je ne dépare pas le tableau… J’attends un pote qui doit me mettre sur un coup, emmitouflé dans ma cape. « Un joli coup », m’a-t-il dit. Le genre qui fait décoller une carrière. Je tremble un peu, à la fois de froid et d’impatience.

Ah enfin ! Mephrah !

Nous parlons à voix basse :

« Alors Beau gosse, ça t’intéresse ?
- Le travail m’intéresse toujours, mais dis m’en plus… »


Il se roule une cigarette avant de continuer. Ca m’énerve cette manière qu’il a toujours de faire des mystères…

- Le Mémorial…
- Le Mémorial ? Comment ça le Mémorial ?! »


Je le regarde, incrédule.

« On cherche à constituer une équipe en piochant parmi les meilleurs. »

Silence…

« Je bosse seul ou avec ceux que je choisis ! » J’appuie volontairement sur les mots.
« Tu peux refuser… »

Mephrah me lance un sourire narquois. Il n’est vraiment pas beau avec sa tronche en biais et son bec d’aigle en guise de tarin. Et pas riche non plus alors allez comprendre ce que les femmes lui trouvent. Probable que son intelligence y est pour quelque chose. Il sait causer.

Il sait comment prendre les gens. Ca explique qu’il se soit hissé à une position aussi confortable parmi les malfrats du coin. Il ne se mouille jamais directement dans une affaire. Lui, c’est un intermédiaire, un diplomate. Il recrute, jauge, présente et rend service. Ca ne paye pas beaucoup mais ça paye régulièrement et c’est assez peu risqué. Rien à voir avec le métier très aléatoire qui est le mien…

Il sait que j’ai les poches vides…

Là il m’agite devant le nez ce que je sens vaguement être le coup du siècle. Mais le coup du siècle est toujours aussi le plus dangereux. Si bien que j’hésite entre mon instinct de survie et mon désir d’or… de gloire… ?

Le mémorial a été bâti pour commémorer la Grande Guerre qui a opposé la cité état de Réal à l’alliance des cités d’Arloth et de Kephrem, ses éternelles rivales. Pendant la seule année qu’elle a duré, presque un habitant sur dix a péri. Mais la cité a tenu. Cela remonte déjà à près de cinquante ans. Il y a rarement eu de période de paix aussi longue dans l’Histoire de la région. Et la cité a triplé en importance.

Les potentats locaux se rengorgent en voyant les anciens agresseurs péricliter alors que Réal s’enrichit. Ils vivent dans le souvenir de la résistance de leurs armées. Et ils la glorifient. Mais la nouvelle puissance de Réal est plus économique que militaire. Et c’est ce qui la rend au fond réellement invulnérable. On ne peut plus lui déclarer la guerre sans risquer de déstabiliser toute la région.

Cette richesse, Réal la doit à une femme. L’actuelle régente : Dame Dogia. Elle a été élue par le haut conseil il y a de ça quatre décennies. Réal s’enfonçait alors dans une récession épouvantable à la sortie du conflit. C’est elle qui permit aux maisons closes d’ouvrir à nouveau sur le port. Elle a également baissé les taxes exigées des commerçants et prit le risque d’endetter la cité en finançant des travaux titanesques, comme l'assèchement d’une partie de la lagune pour étendre les zones cultivables, ou la construction du fameux mémorial. Tout ceci afin de donner du travail au peuple.

En moins de dix ans, les dettes furent épongées, grâce à l’afflux de nombreux négociants… En outre, Réal était placée idéalement par rapport aux routes de commerce. Soie, Lapis-lazuli et épices… tout ce qui avait de la valeur transitait par ses quais… Si bien que si peu élevées que soient les impôts, ils portaient sur tant de marchandises que la cité s’y retrouvait très bien…

Ses méthodes sont plus contestables. Il vaut mieux oublier le sort des plus basses classes de la société dont personne ne se soucie nulle part de toute façon. La justice est expéditive : un vol à la tire est puni par le fouet. Quant aux plus gros poissons, ils jouissent d’une quasi-impunité. Et pour cause : Ce sont parfois, aussi, les plus gros commerçants. Mais du point de vue de la trésorerie, c’est une réussite indéniable…

Artistiquement la cité est aussi merveilleuse à regarder qu’elle est riche. Dame Dogia a un goût très sûr et protége moult artistes de renom. Elle entretient aussi quelques scientifiques… Néanmoins elle est vieille maintenant. Elle a été réélue trois fois et il y a comme une senteur de fin de règne. Bientôt le haut conseil se réunira à nouveau. Choisira-t-il de la laisser décrépir dix ans de plus sur son trône ou préparera-t-il la relève ?

Au fond, moi, je m’en fous un peu. Ce qui surtout me soucie, c’est que le Mémorial est gardé avec plus d’assiduité qu’aucun temple et que cambrioler ce symbole de la gloire passée est passible de mort. C’est peut être un peu cher payé pour le coup du siècle…

Je regarde un peu la brume qui se dissipe peu à peu. l’or rosé de l’aube se change en lumière blafarde. Bientôt ce sera l’heure des honnêtes gens.

« J’ai besoin de gamberger…
- Pas de problème ! Ce n’est pas prévu pour tout de suite…. Allez ! A la revoyure !
»

Je regarde la silhouette de marionnette dégingandée s’éloigner. Demander un délai, c’est déjà faire savoir qu’on est tenté…

Quel con je suis !


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Leslie
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MessageSujet: Re: Fragrance... (Nouvelle à suivre)   Ven 19 Mai - 18:32

On est quatre. Je n’aime pas ce chiffre. Les nombres pairs m’énervent en général avec leur rectitude, leur certitude d’exister, bien campés sur leurs deux moitiés.

Autour de la table, nous étudions le plan du mémorial. Le bâtiment est immense, pourvu de nombreux couloirs. Nous n’aurons que peu de temps. Il faudra donc l’avoir bien en tête...

Il y a le vieux Bertie. C’est ce qui m’a finalement décidé : c’est un vieux routard de la cambriole. Probable que c’est son dernier coup et qu’il veut finir en beauté. C’est lui qui m’a formé. C’est aussi lui qui a voulu me recruter pour ce coup… Mephrah ne me l’a appris que quand je l’ai revu pour lui faire savoir que, finalement, je ne prenais pas ce boulot. Il savait que ce serait l’argument massue. Il n’a pas dévoilé son jeu dès le départ, en bon joueur qu’il est. La crapule !

Bertie dirigera les opérations. Je soupçonne que lui seul sait ce qu’on va vraiment récupérer. Pourquoi tant de secret autour d’un travail de commande ? On a pourtant besoin de savoir exactement de quoi il retourne pour être efficaces… Je le regarde à la dérobée. A la cinquantaine bien avancée, il n’est plus aussi souple qu’il l’était quand on s’est rencontré, dix ans auparavant :

« Tu m’appelles « le vieux », mais c’est toi le plus âgé, Elim. Deux cent un ans, c’est ça ?
- Qu’est ce que j’y peux si t’es humain. Et c’est deux cent vingt et un…
- Ouaip ! Toi tu resteras en parfaite forme physique jusqu’à la fin de ton existence ! Veinard ! Tu ne vivras pas une seule vie, mais plusieurs… »


Oui Bertie vieillit. Il mérite son surnom maintenant. Je vois bien que ses mouvements sont plus lents. C’est pour ça qu’il voulait que je vienne. Je connais presque tous ses trucs. Je pourrai le seconder au besoin. Et pallier ses faiblesses…

Les deux autres sont Limas, un type d’apparence quelconque, inodore, incolore et sans saveur, qui traîne des pieds quand il marche. Mais à la rapidité des gestes de ses mains, je devine qu’il n’a rien d’un débutant. Passer inaperçu ou être sous estimé par les non initiés n’est pas un inconvénient, dans ce métier.

L’autre larron est une larronne, d’une trentaine d’années, à la chevelure décolorée, aux yeux et aux lèvres trop fardés. Elle s’appelle Zeïre et ne manque pas de charme… mais Grands Dieux ! Pourquoi se peinturlurer de la sorte ?! Je sais que les femmes sont coquettes, mais je n’ai jamais vu une cambrioleuse aussi tape à l’œil ! Je suis presque sûr qu’elle est plus séduisante sans cette couche d’emplâtre…

J’hésite entre la désirer et me méfier d’elle. Ca ne me plaît pas. D’autant plus que je ne saurais dire s’ils se connaissent déjà, tous les deux…

On prépare, on discute.

D’abord la grande salle du dernier étage. On est obligés d’escalader la façade pour y accéder car l’entrée principale est gardée. Il faudra minuter entre deux passages de la patrouille. Mais ça ne sera pas le plus difficile…

Les autorités ne sont tout de même pas idiotes au point de penser que huit gardes aux portes et une bande de soudards qui fait le tour tous les quart d’heure vont retenir des professionnels… Il faut s’attendre à ce que l’intérieur soit truffé de pièges. Les mages ont dû concocter quelques surprises à notre intention… C’est là, parait il, qu’intervient Zéïre. La détection et la suppression des systèmes magiques sont ses spécialités. Remarquez que je ne suis pas trop mauvais non plus à ce jeu là, mais étant habitué à travailler tout seul, je suis plus généraliste…

Viennent après des corridors étroits, jusqu’au petit Musée. Notre cible. Des trésors splendides y sont exposés et on raconte qu’il y a mieux encore dans les réserves… des artefacts qui sont encore en cours d’études et qui, pour cette raison, n‘ont pas encore été présentés au public…

C’est là, probablement, ce que nous allons voler.

L’étude des différents obstacles possibles nous prend le reste de la soirée. Il nous faudra, à vue de pif, pas loin de quarante-huit heures pour réunir le matériel nécessaire. Le casse n’est prévu qu'après l'Hivers et on ne sait pas encore ce qu’on doit voler… mais pour un coup de cette envergure, autant se préparer mentalement.

Y a quand même beaucoup d’incertitudes et d’approximations. Je m’en ouvre à Bertie une fois les deux autres partis..

« Ca serait grand que de réussir un truc pareil… je suis honoré que tu aies pensé à moi, mais c’est vague…
- Je comprends. C’est parce que c’est « vague », comme tu dis que je vais avoir besoin de toi. Je n’ai pu choisir qu’un de mes équipiers parmi les monte-en-l’air du pays. Les deux autres, on me les a imposés. Je les connais de réputation mais j’ai surtout besoin de quelqu’un entre les mains de qui je puisse mettre ma vie… »


Je regarde Bertie. Je sens qu’il a envie de m’en dire plus mais ne le peut pas. Je respecte cela. Je ne sais pas qui est « On » mais, pour le moment, ce sont nos patrons… Par conséquent, on se la ferme et on obéit. Décidément je préfère bosser en indépendant ! Lui aussi. Mais il a besoin d’or pour vieillir peinard…


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MessageSujet: Re: Fragrance... (Nouvelle à suivre)   Sam 20 Mai - 14:29

Bon sang ! Je n’ai pas assez dormi !

L’auberge miteuse où je loge provisoirement empeste encore la friture ce matin. Avant j’aimais bien ça, mais depuis que j’y vis, ça m’a passé. Faut dire que la patronne recycle son huile avec un souci d’économie qui n’a d’égal que son manque total d’hygiène. Je n’ose même pas imaginer ce qui se trimballe sous sa jupe, ça doit être aussi grouillant qu’une jungle… et je n’irai pas vérifier…

La chambre est grise et morne. Un paravent défraîchi, aux motifs incertains, tente désespérément d’y apporter une touche de raffinement. Derrière, sur une commode, trônent la vasque et le broc nécessaires à des ablutions minimales. Il est tout de même heureux que les bains publics ne soient pas trop onéreux… Je me verse un peu d’eau pour ma toilette et regarde dans un miroir qui achève de peler sur la muraille. Je ne me ferai jamais à ce que j’y vois : un elfe avec des vêtements et des attitudes humaines. Rien à voir avec mes cousins qui dansent nus sous la lune en chantant des inepties pleines de bonne volonté…

J’ai essayé de vivre en forêt. Je n’ai jamais réussi. Même la ville la plus glauque m’attire d’avantage que les épines de pin les plus parfumées. Je les sens de loin. Comme un appel auquel je ne puis plus répondre. Quelque chose se déchire alors en moi. Mon sang elfique a tourné sous les soleils des destinées humaines. J’appartiens désormais à la faune bigarrée et étrange des basses couches de leurs sociétés. Je suis un humain dans une peau d’elfe. Une absurdité sur pattes !

Si encore j’étais défiguré, je trouverais alors un prétexte à mon exil, meilleur que mon « éducation ».

Je m’écroule à nouveau sur la couche, d’une propreté douteuse. On dit que les elfes ne dorment pas mais méditent. Moi je préfère dormir. Le jour fatidique approche. Tout ce qui pouvait être préparé l’a été. Il me faut du repos, être frais quand il le faudra ! Je me sens trop nerveux et me rends compte que je suis en train de faire le bilan de ma vie comme si je grimpais sur l’échafaud. Je ne devrais pas. Ca porte malheur !

Mon sommeil ne dure qu’une heure ou deux, traversé de rêves plus ou moins agréables. La matinée est bien avancée quand je me réveille, en sueur, avec la bouche pâteuse. L’air est sec aujourd’hui. Il n’a toujours pas plu. Les gens commencent à parler de sécheresse et les paysans, montés à la ville pour le marché aux bestiaux, s’inquiètent… Il fait de plus en plus chaud. Il vaut mieux sortir, à moins d’avoir envie de cuire à l’étouffée.

La rue est désespérément vide, comme toutes ces rues indigentes dans lesquelles aucune boutique ne vient égayer la grisaille des murs. Alors que la place du marché, elle, est noire de monde. Je ne me lasse pas du surgissement soudain des façades ornementées et dorées de soleil qui entourent les étals. Cette cité est vraiment un résumé du monde.

C’est là que je croise Zéïre. Ca fait un moment que je ne l'avais plus vue. Je fais semblant de ne pas l’avoir remarquée. Elle fait de même. Sur ce point, au moins, c’est une pro ! Elle porte une robe tout ce qui a de plus flatteur pour sa silhouette, quoique bon marché, dont elle laisse négligemment le décolleté s’ouvrir. Toujours aussi maquillée, malgré la canicule, elle semble très occupée à se choisir un flacon de parfum parmi les essences présentées. Je fais toujours comme si je ne l’avais pas vue, mais je ne puis m’empêcher de laisser couler mes regards en biais sur ses courbes… Ah ?… Elle a trouvé son bonheur, dirait on. Elle repart…

Wow !

Je viens de remarquer sa démarche ! Elle a une manière de marcher fascinante ! On pourrait s’attendre à ce qu’elle roule du cul, comme son maquillage peut le faire accroire, mais non, c’est plus subtil que ça… Comment une créature dotée d’une démarche aussi ensorcelante peut elle se maquiller avec aussi peu de goût ? Vraiment je ne pige pas.

Bon sang ! Ce que ses hanches sont… Mais je fais quoi là ?! Pourquoi est ce que je la suis ? Je ne dois pas la suivre... ! C’est dangereux de se laisser troubler comme ça, Elim ! C’est ton équipière, ne l’oublie pas !

Merde ! Je l’ai perdue ! Oh, et puis, ce n’est pas plus mal. Je suis tout sauf pro, là !

La revoilà ! Je ne réfléchis pas, je la file à nouveau… prenant garde à ne pas me faire repérer. Il faut que ça ait l’air forfuit. Après tout, il faut bien que j’apprenne à la connaître non ?

Fort de cette bonne excuse, je prends les allées adjacentes pour me rapprocher d’elle sans en avoir l’air. Ca y est, elle est à moins d’un mètre, penchée sur l’étal d’un bijoutier de pacotilles. Je n’ai jamais été aussi proche d’elle. Même lors de nos réunions. Il y avait toujours une table entre nous. Je me prends son parfum dans la figure comme une gifle. Je suis extrêmement sensible aux parfums. Je les apprécie tout particulièrement. Un mélange délicat, végétal, poivré, avec une note d’agrumes… Exquis… Manquait plus que ça pour me faire chavirer.

Quel décalage ! Elle est vêtue comme une fille des rues, fardée en courtisane… et parfumée comme une femme du monde... Je m’esquive rapidement, pour ne pas me faire repérer. Si ce n’est déjà fait, car après tout, c’est une pro….

Je me sens vaguement pitoyable.


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MessageSujet: Re: Fragrance... (Nouvelle à suivre)   Dim 21 Mai - 23:38

La lune entre dans sa phase de croissance. Elle n’est pour le moment qu’une fine courbe d’argent, dans un ciel d’encre piqueté de lumières vacillantes. L’étude de la voûte céleste m’apporte des joies qui, si elles ne surpassent pas celles de la cambriole, me sont néanmoins prétexte à philosophie. Je suppose qu’on ne peut que philosopher quand on se mêle d’astronomie.

Nous sommes tapis dans une des ruelles étroites qui jouxtent la place du Mémorial. Elle est sombre et l’on ne peut nous voir. De l’autre coté, au pied du bâtiment, le Grand Canal draine ses eaux bourbeuses. Le niveau frise la côte d’alerte. Toujours pas de pluie. La sécheresse sera sans doute bientôt déclarée officiellement.

Zéïre et Limas achèvent de se harnacher pour notre petite grimpette. Je fais le guet. Mon propre équipement est plus restreint. Je compte toujours plus sur mes réflexes et mon adresse d’elfe que sur des cordes. Bertie est prêt depuis belle lurette. Il me rejoint et nous parlons, un peu à l’écart de nos complices d’un soir…

« Je ne suis pas sûr de ces loustics.» Me dit le Vieux en désignant les deux autres du menton, « Si un truc pas clair survient, tu te carapates sans te poser de questions. Je ferais pareil. Ca sera alors chacun pour soi. On se verra plus tard à l’endroit habituel.
-Il n’y a pas de raison pour que ça se passe mal… »


Je regarde Bertie.

« Il y en a une ?
- Ptet… Ptet pas. »


Je hoche la tête en surveillant toujours les mouvements sur la place. Je ferai comme il dit. J’ai confiance en son expérience. Je sens depuis longtemps que ce coup n’est pas clair. Lui sait manifestement à quel point il ne l’est pas. Mais on est tout les deux pris dans cette nasse. Pour l’instant, on doit jouer le jeu. Je suis juste étonné qu’il ait accepté ce boulot. Il ne prend jamais de risque inutile. "Ils" doivent donc le tenir avec quelque chose…

Nous nous aplatissons davantage contre le mur au passage de la patrouille. Sitôt qu’elle a disparu, à l’angle du Mémorial, tout le monde sort, prudemment, mais rapidement, pour se coller contre une des imposantes façades.

Et c’est parti pour l’escalade !

A Bertie de guetter les éventuels problèmes. Zéïre grimpe la première. Moins par souci de galanterie que pour repérer les éventuels pièges magiques avant qu’un copain ne se retrouve avec une jambe en moins. Moi j’évite de la regarder. Ca n’est pas le moment de rêvasser sur son anatomie !

L’escalade se déroule comme un rêve, sans la plus petite anicroche. Une fois tous en haut, nous nous habituons aux lieus tandis que Zéïre sort son appareillage. Les outils pour repérer les traces de magie sont chers. On ne peut, en théorie, en posséder sans avoir un papier spécial, estampillé par l’administration Réalienne, ce qui est plus rare que l’aumône d’un rapiat. Mais aucun d’entre nous n’est du genre à demander la permission.

Chacun a aussi son anneau luminescent, toujours en parfaite illégalité. Sauf moi qui n’en ai pas besoin. C’est nettement plus cher, mais une torche trahirait tout de suite notre présence, alors qu’à cet étage, nul ne peut voir, de la rue, la légère lueur rosée qu’émettent ces discrètes babioles…

Nous progressons en silence…

Pendant que Zéïre désamorce des pièges et que Limas crochète quelques serrures récalcitrantes, sous la direction éclairée de Bertie, je garde mes sens en éveil. J’assiste aussi les autres en cas de besoin. Il ne faut pas croire que je ne sers à rien. C’est un rôle plus important qu’il n’en a l’air… J’écoute, regarde et renifle à l’affût du moindre problème éventuel.

Ca sent… ben, pour le moment, le Musée. C'est-à-dire un mélange de papier, de poussière et d’encaustique. Et c’est plus calme qu’un hospice. Une vraie promenade de santé. L’espace d’un instant je me dis que je me suis peut être fait du mouron pour pas grand-chose. Je reste vigilant, mais je me sens plus détendu…

La porte qui donne sur les réserves. Pas si dur que ça à ouvrir pour l’adroit Limas. Nous entrons. Je sens le Vieux soudain plus nerveux. Je le regarde, assez étonné. C’est le Bertie que je connais, ça ? Nous divisons en deux l’équipe pour fouiller les différentes caisses, car la plupart des objets sont encore emballés. A l’écart, penché sur un emballage d’assez petite taille, je risque une question à mon mentor…

« On cherche quoi au juste ?
- Elim, j’avoue que je commence à le sentir moyen là… C’est trop facile »


Je ne sais pas ce qui me fait dresser la tête, de son affirmation ou du fait qu’il ne me réponde pas. J’insiste.

« On cherche quoi ?! »

Je n’ai jamais vu Bertie aussi nerveux !

Le chuintement de surprise d’une Zéïre estomaquée attire mon attention au moment ou Bertie va céder…

« Ben voilà : on a trouvé ! » Grommelle t’il alors.
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MessageSujet: Re: Fragrance... (Nouvelle à suivre)   Mer 24 Mai - 1:02

Dans le coin le plus sombre de la pièce, posée respectueusement sur un socle, se tient la dépouille parcheminée et rutilante d’or de ce qui, autrefois, fut une femme. Curieusement assise, les bras repliés autour de ses genoux, elle nous fait face. Les yeux sont des fac-simile en pierres semi précieuses, façonnées de telle sorte qu’elles simulent un regard vivant avec cornée, iris et pupille. Sur ce visage émacié, l’effet en est déroutant et un peu inquiétant…

Nous sommes venus voler … une momie ?

Je l’examine, en prenant garde de ne pas la toucher. Les momies sont si fragiles ! Elle doit être légère. D’autant plus qu’elle n’est pas très grande. Des effluves salines, mêlées d’épices diverses me viennent aux narines : L’embaumement par le miel et le sel est une très ancienne technique. C’est, aussi, parait-il, une des plus efficaces. On l’a couverte de bijoux aux formes antiques dont certains se sont incrustés dans la peau… A leur facture, je la date d’entre 1000 et 1100 ans avant notre époque.

«Alors ? » Me demande le Vieux…
« Je ne suis pas un spécialiste, mais cela doit être une momie de Régente… »

Bertie tique. Manifestement, il y a des détails qu’on a omis de lui signaler… Et pour cause. Ce que nous faisons s’apparente désormais à une violation de sépulture. Un sacrilège, en somme. C’est passible des pires tortures, avant d’être mis à mort… De quoi refroidir les ardeurs du plus audacieux des monte-en-l’air !

La présence de momies dans ce musée n’est pas incongrue : le Mémorial fait aussi office de tombe pour certains des grands personnages de la Cité. Les restes, récemment retrouvés, de grands héros des siècles passés y ont aussi été admis, après y avoir été soigneusement étudiés. Pourquoi s’encombrer d’un cadavre ? Pourquoi ne pas se contenter des bijoux ? Cette histoire ne me dit décidément rien qui vaille…

Bertie est également pressé d’en finir. Il soulève donc, précautionneusement, la dépouille…

« Clic » ! Le bruit est clair, distinct.

Nous nous immobilisons tous instantanément.

C’est à ce moment précis que je sens quelque chose. Comme une odeur familière de… salpêtre ?!

« A terre ! »

La déflagration retentit ! J’ai à peine le temps de tirer Zéïre… de la plaquer au sol…

Une fois la fumée dissipée, nous relevons le nez… Il y a un impact encore fumant sur un des murs. Un piège à feu, particulièrement bien dissimulé. Je relève mon équipière. De son bras gauche coule un mince filet cramoisi… Elle s’est prit un éclat, mais elle n’y porte aucune attention…

« Je ne l’avais pas vu ! » Chuchote-t-elle, encore un peu choquée « Comment ai je pu ne pas le voir ?
- On en reparlera plus tard » grogne le Vieux. « On prend ce truc et on se barre ! Ce boucan a du alerter du monde ! » Effectivement, avant même que mes camarades ne les aient entendues, je perçois déjà des voix au loin. Je me dirige vers l’entrée de la pièce et regarde par la porte entrebaillée. J’ouvre grand mes oreilles : Des cliquetis d’armes, des cris… et on entend les chiens encore plus clairement… Ca se rapproche !

Limas s’occupe de bander vite fait le bras de Zéïre pendant que Bertie m’interroge du regard.

« Bertie… On n’aura pas le temps ! »

Il déglutit, réfléchit pendant une fraction de seconde…

« Bon… d’accord les enfants, on lâche l’affaire ! Chacun pour soi et les dieux pour tous. Vous savez où l’on doit se retrouver ? »

Et on se sépare. Je jette un regard inquiet vers Zéïre dont la silhouette s’éloigne dans une direction opposée à la mienne. Je lutte contre la tentation de la suivre. Mais non ! Chacun a plus de chances si on se disperse. Je serre les dents et je m’élance alors à travers les couloirs.

J’ai perdu de vue les autres et les clebs se rapprochent. Je me plaque contre le mur, entre deux fenêtres… Pas d’issue à gauche ! Et à droite ? Heu… les copains d’en face avec leurs charmants toutous. Il doit y avoir une quinzaine de types à mes trousses. Les fenêtres peut-être ? Depuis le septième étage ? Pourquoi pas se couper tout seul la gorge pendant qu’on y est ?

Quoique… celles-ci donnent sur le canal. Mais il y a un risque non négligeable de se casser le cou. D’un autre coté, le risque de survivre longtemps à cette interpellation est carrément nul. Dans les romans, les héros survivent toujours à la chute vertigineuse dans une onde glacée pour semer leurs poursuivants. Mais on n’est pas dans un roman : Les eaux sont sales, peu profondes. Le bâtiment est très haut. Et je n’ai rien d’un héros.

J’entends maintenant fort bien les aboiements des chiens… et ceux de leurs maîtres…

Un carreau vient se ficher dans l’embrasure de la fenêtre et me loupe de peu ! Deux ou trois hommes se tiennent à bonne distance, armés de pied en cap. L’arbalétrier recharge… et j’en entends d’autres qui les rejoignent. Ils savent que je suis coincé : ils ne se pressent donc plus. Je n’ai pas vraiment le choix : les chiens ont été lâchés…

J’entends Le claquement de mâchoires d’un cabot dans le vide et les cris de frustration des gardes par-dessus le tintement du verre brisé. Je percute la surface de l’eau. Elle s’engouffre dans ma bouche et mes narines tandis que je me débats… J’ai peur… je ne vois plus rien … j’ai froid… je ne veux pas mourir !...

Je perds connaissance…

Fin du premier Acte.


Dernière édition par le Mar 24 Avr - 14:21, édité 2 fois
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VerseauDragon
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MessageSujet: Re: Fragrance... (Nouvelle à suivre)   Mar 22 Aoû - 10:38

Deuxième acte...
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« Plic ! »

Une goutte d’eau s’écrase sur la surface de l’onde. Le froid me parait intense bien qu’on soit en plein été… caractéristique des nuits de Réal…

Mes vêtements trempés collent à ma peau. Si le fil glacé de l’onde s’arrête à ma taille, mon dos repose, lui sur une terre plus ou moins ferme. L’odeur est insoutenable… Relent de moisissure, de poisson pourri, sans compter que des latrines déversent leur contenu à quelques coudées de là… A « vue de nez »…

« Plic !»

J’ouvre un œil… et je me prend une goutte énorme dessus… le grondement sourd d’un nuage qui crève d’orage retentit. Finalement des rideaux humides s’abattent sur la ville, dont le ponton, au dessus de moi, ne me protège qu’en partie…

Ca tire sur mon bras droit. J’essaie de le bouger… la douleur, à peine supportable, me convainc de ne pas trop insister.

Je me redresse plus ou moins facilement, pestant à la fois de rage et d’angoisse. Puis je constate ma veine : Je me suis échoué entre des pilotis ! Il y a des dieux pour les inconscients. Outre que j’aurais pu me fracasser le crâne contre les poteaux, si le fleuve n’avait pas été si bas, toute cette partie aurait été immergée et je me serais noyé…

Mais avec cette putain de pluie, ça peut changer. Et j’ignore comment remonter. Mes jambes de guimauve me portent plus ou moins sur une terre qui se change progressivement en boue. Je m’enfonce presque jusqu’à mi-mollet et me casse la gueule plusieurs fois en traitant de tous les noms une de mes bottes qui semble décidée à s’installer dans le coin. J’arrive enfin à un endroit moins boueux, juste au dessous d’un petit lavoir rendu inutilisable par la sécheresse. S’y hisser malgré la pluie battante et un bras hors d’état est en soi une aventure…

Quelques minutes et quelques échardes plus tard, j’arrive à mon auberge. Personne n’est encore réveillé. Tant mieux ! Je m’écroule sur ma couche. Mon bras me lance. Mais je suis si crevé que je sombre malgré tout dans une délicieuse inconscience qui ne dure pas…

Je suis réveillé en sursaut par le tambourinement et la voix de troll enroué de la grosse qui me beugle après pour le loyer. Nous sommes le premier jour de la décade. Ca m’était sorti de l’esprit…

Mal réveillé, j’ouvre et tente une approche courtoise. Elle m’agonit d’injures avant de constater que je suis blessé. Elle a quand même la délicatesse, si l’on peut employer ce mot à son propos, d’envoyer son employé quérir un apothicaire. Fort heureusement pour moi, elle a comme principes d’être sourde, aveugle et muette sur ses locataires tant qu’ils payent. Je n’ai donc pas à craindre ses indiscrétions. Elle se cure artistiquement une oreille tandis que l’homme de science me confectionne une attelle et me prodigue ses recommandations. J’invente une vague histoire d’agression pour expliquer mon état. Des honoraires gonflés par mes soins suffisent à la rendre tout à fait convaincante…

Une fois tout ça réglé, je pense d’abord à me reposer de mes diverses émotions quand je constate que le soleil est déjà haut…

Que sont devenus les autres ?

Je me débarbouille approximativement, m’habille de nippes plus fraîches et je sors… Direction, le « Poulpe Piquant »… C’est là que je dois, en théorie, retrouver Bertie, avant midi, comme nous en avons l’habitude après un coup.

Le « Poulpe Piquant » est niché dans un des coins les plus malfamés qui soit : La rue des Arpiges.

Ne me demandez pas d’où vient ce nom dont l’origine nébuleuse remonte probablement à la fondation de la ville. Il vous suffit de savoir que c’est une de ces ruelles de l’ancien quartier des tanneurs, lequel après la guerre, avait été déplacé.

Quartier misérable depuis toujours, donc…

Il pleut sans discontinuer depuis le matin et je suis à nouveau trempé comme une soupe…

Une rue comme on pense n’en trouver que dans un roman. Sinueuse, chaotique, comme sans fin. Elle est bordée de très hautes maisons qui empêchent le soleil, quand il y en a, de tutoyer le pavé aussi sûrement qu’une canopée de forêt vierge. C’est, à elle seule, un monde ou l’on ne pénètre qu’à ses risques et périls. Et par ce temps pluvieux, elle est encore plus lugubre que d’habitude. L’eau ruisselle dans le caniveau central et les pavés glissent, luisants dans l’ombre comme s’ils avaient une âme. Les vagues lanternes que l’on rencontre parfois ne font que rendre le lieu plus fantomatique.

On dit qu’autrefois, une jeune fille s’y est aventurée. Des bandits l’ont assassinée, non sans lui faire subir les derniers outrages… si bien que la jeune fille est morte en maudissant le lieu. On dit aussi que quelques jours suffirent à sa malédiction pour atteindre ses bourreaux… et qu’il ne fait pas bon sortir quand la Lune est rousse, car son fantôme revient ces nuits là. Malheur alors à l’homme qui aurait violenté une femme…

Je ne fais jamais de mal aux femmes et la Lune n’est pas rousse, mais il n’empêche que la rue recèle bien d’autres dangers nettement plus palpables et présents à l’année. Alors je presse le pas…

Une cahute biscornue émerge, isolée de ses petites sœurs par des voies adjacentes. C’est l’une des plus vieilles maisons de la ville… Et à ce qu’on dit, ça a toujours été une taverne. L’enseigne lépreuse, ou s’étalent les huit bras d’une pieuvre pas très bien portraiturée, se balance sous les rafales de pluie.

Le « Poulpe Piquant », ou « Pépé » pour les habitués, est, depuis près de quarante ans, le repère de tout ce que la ville comptait de malandrins, d’artistes interlopes, de putes et, parfois même de nobles en mal de sensations fortes. Il a été fondé par un ancien pêcheur, d’où son enseigne des plus originales, à défaut d’être belle…

Toutes les villes ont un « Poulpe Piquant». On pourrait croire que ce n’est pas idéal pour ne pas se faire remarquer, mais en fait, ça l’est. Comment trouver la bonne crapule dans ce panier de crabes quand on n’est pas un habitué ? Personne ne cause aux étrangers, qui n’y sont pas vraiment en odeur de sainteté. Et même quand on est un habitué, tout le monde ne cause pas à n’importe qui. Il y a de véritables castes, chez nous. Le monde des « hors la loi » est très loin de ne pas en avoir, des lois. Plus cloisonné, y a pas…

Je suis content d’y arriver enfin. Je ne suis pas le seul. Pas mal de monde s’est regroupé auprès des poêles et cheminées de la salle principale. Ca discute sec de diverses affaires plus ou moins malhonnêtes. Je me fraye un chemin entre les houppelandes encore humides. Personne ne fait trop gaffe à mon bras en écharpe, et quelques bousculades me tirent des grimaces. Mais je ne suis pas en état de réclamer le respect. Je m’assieds à une table et j’attends. Il règne une effervescence inhabituelle que la pluie longtemps attendue ne suffit pas à expliquer.

J’ouvre grand mes oreilles d’elfes dont on a souvent le tort de ne pas assez se méfier…

A quelques coudées, derrière moi, la discussion est très animée. Je sursaute quand j’arrive enfin à saisir… Mephrah est mort !

Mephrah est mort ?! Je me répète la phrase mentalement. J’ai du mal à y croire. Mephrah n’était pas n’importe qui dans la pègre du coin. Un sous-fifre, soit, mais un gros sous-fifre, au service de Korlkonë, le chef des chefs…

Rien d’étonnant à ce que tout le monde soit sur les nerfs ! Les deux bavards supposent qu’un règlement de compte est en cours… Quelques semaines auparavant, j’aurais pensé exactement la même chose.

Mais plus depuis la nuit dernière… Je sens comme un vent glacé sur ma nuque. J’ai besoin de me calmer. Il faut absolument vérifier ça ! Ca commence à sentir très mauvais…

Midi sonne. Pas de Bertie…
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MessageSujet: Re: Fragrance... (Nouvelle à suivre)   Lun 5 Mar - 16:43

Beuh... 22 août. Tu n'arrêtes pas l'écriture, j'espère ???
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Leslie
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MessageSujet: Re: Fragrance... (Nouvelle à suivre)   Lun 5 Mar - 17:45

Non... j'ai juste pas eu le temp de me remettre sérieusement à cette nouvelle...
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MessageSujet: Re: Fragrance... (Nouvelle à suivre)   Lun 23 Avr - 10:54

Ben oui... la suite...

Je ne promets pas que tout ça ne sera pas retravaillé ultérieurement mais ça arrive...
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MessageSujet: Re: Fragrance... (Nouvelle à suivre)   Lun 23 Avr - 10:57

Si l’on vous demande « quelle est la plus grande qualité pour un cambrioleur ? », vous serez sans doute tenté de répondre « l’agilité » ou « la prudence »…

Ce sont effectivement des choses précieuses, mais pas le plus important.

Le plus important, c’est de savoir être à l’heure. Et ça ne s’apprend pas, ou difficilement. J’ai connu une fille, brodeuse chez un modiste, qui avait invariablement, un quart d’heure de retard à tous ses rendez vous, qu’elle se presse d’y aller ou pas. Ce n’était ni de la mauvaise foi, ni un manque de respect envers autrui. Elle était comme ça. Elle a eu beau essayer, le maximum qu’elle ait pu faire, c’est de passer d’un quart d’heure à dix minutes. Et encore, uniquement quand il s’agissait de se faire sauter…

Les gens ponctuels le sont depuis toujours, les gens qui ne le sont pas le sont aussi depuis toujours. Le rapport au temps est issu de la sensibilité de chacun. Il peut être infléchi, mais pas fondamentalement changé.

Chez les « Monte-en-l’air », ou l’on a un temps bien défini pour accomplir chaque étape d’un larcin, personne ne fera confiance à un gus qui ne saura pas être à l’heure. Il sera vite perçu comme un « amateur » par le reste de la profession… C’est un monde ou tout se joue souvent à la seconde près. Et même quand ce n’est pas le cas, il est de bon ton de faire « comme si ».

Or, Bertie est un très grand cambrioleur. Et il a maintenant vingt minutes de retard…

Il y a déjà de quoi m’inquiéter. La nouvelle qui vient de tomber n’arrange rien. Un tremblement nerveux me flageole l’échine. Ce coup est pourri depuis le début ! J’attends encore un peu, tapotant nerveusement avec les doigts sur le bois gras de la table…

Finalement, je mets les voiles. Autant aller à sa rencontre.

La pluie s’est arrêtée. Le ciel reste menaçant. Après être passé par tout ce que le quartier compte de ruelles pisseuses, j’arrive enfin en vue de la piaule du vieux. C’est au dernier étage dune baraque puante de pauvreté. Elle se dresse à deux pas du port, dans une voie qui s’élargit soudain en une placette ou fredonne une fontaine couverte de mousse. C’est le seul lieu riant de ce quartier délabré. D’ordinaire, on n’y croise pas grand monde. Sauf aujourd’hui…

Des gardes devant sa porte ?! Que font ils ici ?

Je passe sans en avoir l’air. Inutile de me cacher, ils me repèreraient. Et hors de question de jouer les badauds car ce serait encore plus dangereux. Je jette un regard rapide vers le malheureux, que coincent les quatre hommes de loi armés jusqu’aux molaires…

C’est bien Bertie qu’ils tiennent en respect, dans l’embrasure. Il m’a vu mais fait mine de rien. Je les dépasse et vais me poster dans un coin sombre, hors de leur vue, afin d’observer et de comprendre de quoi il retourne. Je les entends aboyer sur Le Vieux, qui proteste de son innocence avec l’humilité adéquate. Je dois aller contre mes sentiments pour ne pas m’avancer et balancer une droite dans la figure de celui qui le secoue comme un prunier. Notre métier a vraiment ses mauvais moments.

C’est alors qu’un effluve familier vient me caresser les narines. Frais, poivré et raffiné, il s’exhale derrière moi.

« C’est moi… »

J’avais déjà deviné de qui il s’agissait avant même qu’elle ouvre la bouche : Zéïre !…

Mon cœur explose dans ma poitrine. Je ressens la morsure de la honte quasi instantanément. C’est indécent d’être aussi heureux alors que le vieux est dans la merde jusqu’au cou ! Elle embaume…

Elle aussi joue les espions. Mais depuis plus longtemps que moi. C’est dans un souffle qu’elle me « met au parfum » :

« Limas a été trouvé, saigné à blanc, chez ton pote. On ne sait pas qui a prévenu la garde…
- Ca commence à faire beaucoup de morts…
- Comme tu dis. Ca ressemble bigrement à un coup fourré. »

L’espace d’un instant, j’ai envie de lui demander si je peux lui faire confiance ou si elle n’est pas elle-même le plus charmant des pièges ? Apres tout, que fait elle ici ? Et que faisait Limas dans le meublé de Bertie ? Mais je suis trop mal pour manier l’ironie avec l’efficacité souhaitée…

Les soudards se concertent, pas très convaincus par les explications du vieux. Ils lui balancent quelques coups bien ajustés, pour la forme et, finalement, le ficellent. Une pute qui passe par là a le malheur de poser une question sur un air un tantinet trop hautain. Elle se prends une taloche et est priée de déguerpir, ce qu’elle fait sans demander son reste. C’est beau l’autorité, non ?

Je les vois emmener mon vieil ami, sans le moindre souci d’humanité. Il n’aura pas réussi à s’en tirer. Mon cœur se serre. La justice, ici, est expéditive. Je sais ce qui l’attend… On ne s’échappe pas des geôles de Réal. Il n’aura que le choix entre pourrir dans une oubliette ou au bout d’une corde. Et je ne peux strictement rien faire.

Trente ans au moins de cambriole sans se faire avoir et tomber pour le crime d’un autre ! C’est le bouquet ! Car il est inconcevable que Bertie ait tué Limas. C’est un Monte-en-l’air, un vrai. Il abhorre la violence, en digne seigneur des bas quartiers qu’il est ! Il est forcément innocent…

Zéïre me tapote sur l’épaule gentiment pour me suggérer de partir. J’ai le moral plus bas que mes chausses et la suis, sans grande conviction, jusqu’à une auberge voisine. Assis à une table, je m’entends vaguement lui demander ce qu’elle faisait là. « La même chose que toi, je suppose » répond elle. Réponse habile. Trop habile peut être. Je pourrais mener l’interrogatoire plus avant, mais je ne le fais pas. Je me contente de la contempler. Une part de moi, la plus lâche, n’a pas envie d’en savoir plus. Alors je me tais.

Je me rends compte que je suis plus secoué que je ne le voudrais… Je viens de voir mon meilleur pote prendre un billet pour le gibet. J’ai besoin d’autre chose que de soupçons et de méfiance. J’ai envie de faire confiance, de me raccrocher à cette femme. Moi, l’elfe vieux de plus de deux siècles, je ne suis plus qu’un enfant qui veut se blottir contre elle…

Les heures ont filé. Il est déjà tard. Je l’accompagne jusqu’à sa chambre. J’ai trop bu. La conscience d’être un peu bourré me plombe. Je n’ai pas envie de passer pour un goujat. Pas avec elle. Si je lui dis ce dont j’ai envie, c’est pourtant ce qui risque d’arriver. Je la laisse donc sur un « bonne nuit » d’une involontaire et cruelle ironie.

Je reste seul, entre désirs et chagrin.
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Stragen
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MessageSujet: Re: Fragrance... (Nouvelle à suivre)   Lun 23 Avr - 20:02

Frustration...
Je lirai tout d'un coup quand tu auras terminé !!!
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Fragrance... (Nouvelle à suivre)

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